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Mémoires et stages impossibles, douloureuse question des jobs étudiants: premier tour d’horizon de l’impact du confinement sur les étudiants

La Fédération des étudiants francophones (Fef) a lancé une enquête pour mesurer l’impact sur les étudiants de l’organisation des cours à distance dans l’enseignement supérieur et du confinement général. La Ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Glatigny (MR), a émis deux circulaires donnant des consignes à l’ensemble des établissements mais, n’ayant aucune valeur contraignante, celles-ci laissent les universités et hautes écoles faire à leur guise. Plus de 13 000 étudiants ont été sondés.

« Les cours devront être organisés à distance », dit la circulaire.

Dans les universités, plus du tiers des étudiants (36%) rapportent qu’il n’existe pas de « méthode d’enseignement alternatif » pour chacun de leurs cours. Et ce, plus d’une semaine après l’annonce des universités de fermer leur établissement. Pour un étudiant universitaire sur deux, les moyens alternatifs mis en place ne sont pas satisfaisants pour plusieurs raisons. Dans l’ordre: alternative pédagogiquement non pertinente (54%), pas de suivi de la part des titulaires du cours (41%), problème technique (29 % des insatisfaits) et fracture numérique (26 % ne disposent pas d’un lieu calme pour étudier, 3% n’ont pas accès à internet ou à un ordinateur et 7% n’ont pas le matériel adéquat pour la pratique).

Dans les hautes écoles, c’est plus de la moitié des étudiants qui n’ont pas reçu d’alternative pour chacun de leur cours et 65% d’entre eux ne sont pas satisfaits par les modes alternatifs proposés. Les motifs sont les mêmes : les alternatives proposées ne sont pas pédagogiquement pertinentes (47%), le suivi par le titulaire de cours fait défaut (36%), beaucoup rencontrent des difficultés techniques (28%) ou d’équipement (14% ne disposent pas du matériel adéquat, 4 % n’ont pas d’ordinateur ou d’internet).

Le secteur de l’Enseignement Supérieur des arts est évidemment touché de manière très particulière par les mesures. Parmi les étudiants sondés, 62% indiquent qu’il n’y a pas d’alternative proposée pour l’ensemble des cours. Pour les étudiants qui ont une alternative, un étudiant sur deux n’est pas satisfait par les alternatives prises par les établissements. Ces chiffres ne sont en aucun cas étonnants étant donné que l’enseignement artistique est un type d’enseignement très particulier avec une pratique très importante. Les cours à distance ne sont donc absolument pas adaptés. (40% des étudiants estiment que les alternatives ne sont pédagogiquement pas pertinentes, 54% estiment qu’elles ne correspondent pas à la pratique nécessaire et 50% n’ont pas accès au matériel adéquat.

→ « Aujourd’hui, conclut la Fef, nos établissements d’enseignement supérieur ne sont pas adaptés aux cours à distance et les professeurs non plus. Il existe une grande disparité quant aux moyens techniques de chaque établissement et de chaque étudiant. Les failles pédagogiques révélées par cette enquête renforcent notre demande de syllabi écrits afin que chacun puisse avoir un support convenable pour étudier ses examens. »

La circulaire de la ministre Glatigny précise : « Les stages seront maintenus et relèvent de la responsabilité du lieu de stage. Si les stagiaires ne sont pas encadrés et/ou placés dans des conditions de sécurité et d’hygiène satisfaisantes, l’étudiant doit en informer son établissement qui lui-même informera le lieu de stage si cela est nécessaire. »

Le stage est moins présent en université qu’en haute école. A peine 14% des sondés ont indiqué qu’ils devaient en effectuer un. Celui-ci a été suspendu pour 61% d’entre eux. Parmi ceux qui l’ont presté, 42 % ont télétravaillé. Quelque 70% des étudiants se sont sentis bien encadrés et 73 % en sécurité.

Le ressenti est très différent dans les hautes écoles où 57% des étudiants sondés doivent effectuer un stage cette année. Pour 84% d’entre eux, celui-ci a été annulé. Ceux dont le stage est maintenu estiment être correctement encadrés (58%) mais 42 % ne se sentent pas en sécurité.

Du côté des écoles supérieures des arts, 73 % des étudiants n’ont pas de stage cette année. Parmi les autres, 53% ont vu leur stage suspendu. A noter qu’un peu plus d’un étudiant sur deux ayant effectué un stage ne s’est pas senti assez encadré.

→ « Aujourd’hui aucune indication claire sur ces stages n’est donnée, conclut la Fef, laissant de nombreuses questions sans réponse. Que va-t-il se passer pour les étudiants qui n’ont pas fait leur stage? Devront-ils refaire une année? Cela nous semble inacceptable. »

Rien n’est précisé dans les circulaires concernant les mémoires de fin d’année.

Dans les universités, 24% des étudiants qui ont répondu à l’enquête doivent en rendre un à la fin de l’année. Parmi ceux-ci 74% estiment ne pas pouvoir poursuivre correctement le travail de recherche et de rédaction. Les raisons évoquées sont multiples. En tête : ne plus avoir accès aux ressources bibliographiques (70%) et aux personnes à rencontrer ou interroger (52%).

Dans les hautes écoles, 31 % des étudiants qui ont répondu à la Fef doivent rendre un TFE (travail de fin d’études) cette année dont 82% signifient qu’ils ne pourront pas poursuivre correctement le travail de recherche. Les raisons sont les mêmes que dans les universités, auxquelles s’ajoute le non accès au lieu de stage.

Dans l’enseignement supérieur des arts, 30 % des sondés doivent effectuer un TFE cette année, dont 60% estiment qu’ils ne sont plus dans les conditions permettant de le réaliser.

→ La Fef rappelle la nécessité de mutualiser les bibliothèques virtuelles des universités afin qu’elles soient accessibles au plus grand nombre d’étudiants. Par ailleurs, elle demande « de permettre, à qui le souhaite, de pouvoir rendre le mémoire en juillet / août et de prolonger la session afin qu’une deuxième session soit possible dans le courant du 1er quadrimestre de l’année 2020-2021, sans coûts supplémentaires. »

La question des jobs d’étudiants est douloureuse.

Un sondé sur deux affirme qu’il travaille habituellement pendant l’année scolaire (44% en universités, 50% en hautes écoles et 59% en écoles supérieures des arts).

Dans les universités, 81% des répondants ont vu leur travail suspendu par les mesures de confinement gelant une source de revenus indispensables pour continuer leurs études pour 44,93% d’entre eux. C’est le cas de 79 % des répondants dans les hautes écoles et 88 % dans les écoles supérieures des arts. Pour la majorité, ces ressources sont essentielles.

→ C’est pourquoi la Fef demande, en front commun avec les jeunes CSC, « la mise en place d’un fonds pour compenser les pertes subies par les étudiants jobistes. »

Enfin, la Fef s’inquiète pour quelques étudiants Erasmus.

Une centaine d’étudiants en Erasmus ont répondu à l’enquête. La grande majorité de ceux-ci ont pu avoir un contact avec leur établissement, mais ce n’est pas encore le cas pour près de 20% des étudiants concernés. De plus, si 56% d’entre eux affirment avoir eu une proposition de rapatriement, celle-ci est accompagnée de consignes très divergentes d’un cas à l’autre (obligatoire, facultatif, billet de retour pris en charge ou non, solutions claires par rapport à leur cursus, …) Pour le reste des étudiants, aucune solution de retour n’a été proposée par leur établissement.

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